Les colis sont enfin arrivés

Myriam Vieillard
5 novembre 2013
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Bonjour à tous,

Nous y aurons mis du temps, des espoirs et des désespoirs, des démarches, des attentes, des trajets, des dépenses mais nous les avons enfin récupéré : les colis. Ces 300 kg de vêtements, chaussures, jouets, peluches et matériel scolaire que nous étions fiers d’avoir mis dans un avion le 20 août dernier. Que de batailles menées depuis pour les arracher d’abord à la Colombie où ils étaient arrivés suite à une erreur d’Air France, pour qu’ils puissent arriver en Equateur ensuite et surtout pour pouvoir les sortir des douanes. Des incompréhensions, des papiers toujours manquants, des formulaires à faire signer, tamponner par l’ambassade équatorienne en France ( d’où l’aide de Catherine Le Pape qui s’est déplacée jusqu’à Rennes pour faire authentifier nos papiers français et ensuite l’aide de Catherine Moser à Paris pour faire ensuite authentifier les mêmes papiers par l’ambassade d’Equateur d’une valeur quand même de 35€ pour chaque tampon ), des allers retour incessants entre Tena et Quito pour faire accepter notre dossier par les douanes. Chaque fois refusé à nouveau car il manquait des choses aussi stupides qu’une lettre de ma part venant de France et tamponnée en France donnant mon accord pour le don à l’association Ishpingo.

Je ne sais même si c’est très clair tout ça. En tant qu’association non répertoriée en Equateur, nous devions « faire don » de nos colis soit à une association équatorienne, soit à un service public qui se chargerait de distribuer nos colis. N’ayant pas confiance dans les services publics équatoriens et connaissant deux français Antoine Vullien et Flore Moser qui avaient une association, nous avons penser qu’il était préférable de passer un accord avec eux. Accord en réalité non indispensable puisqu’ils étaient tout prêts à jouer le jeu. Le problème suivant, et toujours après un passage à Quito était de trouver une autorité qui se porterait garant pour nous et pour Ishpingo en passant ce que l’on appelle ici « un convenio », un accord entre les deux partie ( l’association équatorienne et l’état équatorien ) qui permet à l’association de distribuer ses dons à qui de droit et au représentant de l’autorité de vérifier que ce qui est dit est bien fait. En réalité, une autre façon de faire de la politique puisque certains s’approprient le bénéfice des dons. Nous avions penser au premier abord à Mme Gutierrez qui nous avait fait très bonne impression. Mais lorsque Antoine a lu le « convenio » de la sous-préfet, il s’est rendu compte que non seulement elle s’appropriait les colis arrivants mais aussi tout ce qui pourrait arriver d’autre que ce soit en biens ou en espèces. Et tout cela sur une période de 2 ans. Il s’agissait de son association et il était de toutes façons hors de question de signer un tel « convenio ». Le challenge a été ensuite de trouver un autre représentant de l’état un peu plus honnête et désintéressé. Par chance, j’ai travaillé en tant que bénévole quelques mois pour le desarollo( développement )  social à la maison de la femme et nous sommes donc allés voir le responsable Mr Jesus Aguila qui a été tout à notre écoute et surtout tout à fait favorable à l’idée de nous aider quasiment sans contreparie. Je dis « quasiment » car aucun « convenio » ne peut être signé sans une petite contrepartie. La sienne était assez simple, une fois que nous avions récupéré les colis, nous devions les emmener dans la bodega du desarollo pour qu’ils vérifient que toute la cargaison était là et ensuite nous étions libre d’en disposer. Et cela est valable pour toute cargaison arrivant sur le sol équatorien sur un délai d’un an. Qu’ils vérifient que tout est fait comme nous l’avons prétendu avec peut-être une personne représentant le desarollo nous a semblé plus que raisonnable aussi bien à Antoine qu’à moi même.

Mais avoir un convenio n’était malheureusement pas suffisant, il fallait aussi prouver que nous étions tous bien qui nous étions avec photocopie certifiée conforme pour chacun d’entre nous de nos identités et croyez le si vous voulez mais même celle Mr Jesus Aguila était nécéssaire.

Nous avions aussi le temps qui jouait contre nous puisqu’au bout d’un certain nombre de jours, nos colis risquaient d’être déclarés « abandonnés ». Et les équatoriens ne sont vraiment pas pressés. Ne serait -ce que pour avoir le convenio, nous avons presque dû taper sur la table car au bout de 5 jours, nous ne l’avions toujours pas obtenu. Sans parler des papiers à faire en France et à renvoyer aussi vite que possible. Vous payez 50€ pour avoir l’assurance que le chronopost arrivera dans les 48h mais en réalité c’est un délai assuré en France, pas en Équateur. Le courrier est arrivé au bout 4 jours. Sans compter les allers retour à Pifo qui prennent une journée à chaque fois.

Il y a donc près de deux semaines, on nous a certifié que nous pouvions enfin chercher nos colis. Oh joie et soulagement. NOus louons une camionnette pour le mercredi et nous voila partis en direction de Pifo ( plus près du nouvel aéroport que Quito ). Sauf qu’en cours de route, on apprend que l’agent des douanes a perdu son père. Même si nous sommes de tout coeur avec elle, nous nous disons que cela ne doit pas nous empêcher de récupérer nos colis. Et c’est aussi ce qu’elle nous dit la dernière fois que nous l’avons au téléphone. Car après, nous n’avons plus eu de réponse jusqu’au lendemain en fin d’après midi. Et pendant ce temps, nous sommes arrivés sur Pifo, nous avons attendu tout l’après midi, passé des dizaines de coups de téléphone, interrogé les agents de douanes qui passaient pour savoir qui était au courant de notre affaire, ce qui se passait, pourquoi nous n’arrivions pas à rencontrer quelqu’un qui pourrait nous aider. En fin d’après midi, nous avons enfin eu un employé de Mme Marquez, notre agent, qui nous annonce qu’il y a un souci, que nous devons attendre encore un peu, surtout demain matin à 9h, que certainement, nous pourrions les retirer à ce moment là en amadouant un peu le douanier qui s’occupe de la bodega générale. Alors on se dit que puisqu’on est là et que le lendemain, nous devrions repartir avec nos colis, nous pouvons bien attendre un jour de plus. On appelle la personne qui nous a loué sa camionnette pour lui demander s’il veut bien nous la louer un peu plus longtemps que prévu et bien entendu, il nous demande encore un peu plus d’argent. On prend un hotel en se disant que ça vaut la peine, que c’est pour récupérer nos colis, que nous sommes tous proches.

Mais non, le lendemain à 9h pétante, nous sommes devant la bodega à attendre. Et là, rebelote, plus personne ne répond au téléphone. On essaie de voir avec le douanier mais il ne sait même pas de quoi nous parlons et il n’a pas de temps à perdre. Patience… Enfin, vers 10h30, un autre employé apparaît pour nous dire qu’en fait, il manque encore un autre papier que nous devons faire à Quito. On repart sur les chapeaux de roues en direction de Quito à 1h30 de là pour essayer de trouver ( ben oui, je ne connais pas Quito ) le banco central ou bien le sécurity Data qui permet de passer importateur et sans lequel nous ne pouvons, nous dit-on, récupérer nos colis. On roule, on vole, on ne trouve pas le Security Data mais on finit par trouver le Banco Central où l’on nous annonce que nous ne sommes pas habilité à faire les démarches, qu’il faut que ce soit le représentant de l’association équatorienne qui se déplace. Oh folie ! Antoine est à Tena et très occupé pour le moment, nous l’avons déjà assez dérangé avec nos sempiternels papiers demandés signés, appostillés, tamponnés etc. Trop tard pour aujourd’hui. NOus devons rentrer et sans les colis encore une fois. L’association prend en charge les frais de location du véhicule, je prends en charge les frais annexes. Et tout ça, tout ça pour rien.

Sur la route, on apprend que si notre agent des douanes avait été là, on aurait rééllement pu repartir avec les colis, elle avait réussi à s’arranger, tout était prêt. Mais voilà, son père venait de mourir, ce sont ses employés qui ont repris le dossier et comme ils ne le connaissaient pas, ils ont tout repris depuis le début et on peut le dire « bousillé » toutes nos chances de les récupérer ce jour là.

Après un weekend morne et triste. Et oui, aux dernières nouvelles, nous avions jusqu’au mardi pour les sortir de la douane, je me rends dès le lundi matin à 9h ( bien fatiguée après un bus de nuit ) au bureau de notre agent pour savoir en désespoir de cause ce que nous pouvons encore faire, si nous avons encore une chance. Et là, oui, nous avons encore une chance. Je cours au fameux Security Data que nous avions raté la dernière fois et je m’entends dire à nouveau que non, il faut absolument que ce soit le représentant légal de l’association Ishpingo qui se déplace jusqu’à Quito pour signer les papiers car il y a aussi une photo à faire. Et là, je me dis que la chance tourne enfin, je sais qu’Antoine se rend à Quito le lendemain pour affaires personnelles. Et après un coup de fil, il accepte de faire un détour pour venir signer les papiers. Entre temps, j’avais appris que nous avions en réalité jusqu’au vendredi 1er novembre pour sortir les colis de là. La chance avait vraiment tourné…

Nous sommes allés chercher les colis le jeudi suivant. Jusqu’au dernier moment, j’ai eu peur qu’il y ait un souci mais non. Nous avons attendu jusqu’en début d’après midi pour enfin voir notre Mme Marquez . Avec l’aide de Kristina, une amie allemande dont je prendrais le temps de vous parler dans un autre article et de notre cher Salomon, nous avons vérifié qu’il ne manquait aucun colis et nous les avons chargé dans la camionnette et les avons ramené à la maison.

Nous devons respecter notre « convenio ». Ce qui sera fait demain mardi 5 novembre. Ensuite, nous ferons un tri pour en faire des paquets adaptés aux familles avec un mélange de vêtements pour enfants petits, moyens et grands que nous distribuerons lors d’une espèce de tombola où tout le monde sera gagnant. Pour les jouets et les peluches, nous pensons jouer les pères Noël de substitution vu que la période s’y prête et attendre la fête de fin d’année pour les offrir aux enfants. Quant au matériel scolaire, il sera apporté dès ce mercredi à l’école de la communauté si bien entendu, il n’y a pas de surprise avec le desarollo mais j’en doute.

Voilà, nous en avons perdu quelques batailles avant de gagner cette petite guerre contre les douanes. Mais l’important est que nous y soyons arrivés. 300kg de bonheur pour une communauté de 200 personnes. Notre premier gros envoi qui nous aura appris beaucoup.

Prochain projet indispensable : recréer l’association ici pour ne plus avoir ce genre de souci à l’avenir 😉

  • La bodega de la douane
  • On paye la bodega
  • Devant le service des douanes
  • Deuxième bureau
  • Nos colis sortent enfin
  • On fait l'inventaire
  • Ils ont été un peu malmenés
  • On charge
  • Notre agent Mme Marquez
  • Prêts pour le départ
  • Enfin arrivés à la maison

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